Cybermenaces contre le processus démocratique du Canada

Sommaire

Les récentes cybermenaces contre le processus démocratique aux États-Unis et en Europe ont suscité de nombreuses inquiétudes sur la possibilité de voir de pareilles menaces cibler le Canada. Dans le cadre de la présente évaluation, nous nous pencherons sur les cybermenaces ciblant le processus démocratique des ordres de gouvernement fédéral, provincial, territorial et municipal au Canada. Nous limiterons notre analyse du processus démocratique à ses trois aspects les plus ciblés par les adversaires : les élections, les partis politiques et les politiciens, ainsi que les médias.

Pour mieux comprendre le contexte de la menace, le CST a examiné les cybermenaces qui ont ciblé les processus démocratiques du Canada et d’autres pays dans le monde au cours des dix dernières années. Dans la présente évaluation, nous examinerons les cybercapacités des adversaires du Canada et la manière dont ils s’en servent pour exercer une influence sur un processus démocratique. Nous fournirons notre évaluation des cybermenaces qui ciblent les processus démocratiques, au Canada et dans le reste du monde, et des cybermenaces susceptibles de cibler le processus démocratique en 2019 (c.-à-d. les élections fédérales de 2019, les partis politiques, les politiciens et les médias qui joueront un rôle dans les élections).

 

Faits saillants

  • On constate de plus en plus de cybermenaces contre les processus démocratiques aux quatre coins du monde, et le Canada n’est pas à l’abri. Le processus démocratique qui s’est déroulé lors des élections fédérales de 2015, au Canada, a été ciblé par une cybermenace peu sophistiquéeNotes en fin de texte 1. Il est très probable que les auteurs de cette cybermenace étaient des hacktivistes et des cybercriminels. De plus, les détails entourant les incidents les plus graves ont fait l’objet de reportages dans plusieurs médias canadiensNotes en fin de texte 2.
  • Un petit nombre d’États-nations sont derrière la majorité des cybermenaces contre les processus démocratiques du monde entier. Nous sommes d’avis que ces adversaires disposent presque certainement d’imposantes capacités contre les processus démocratiques.
  • Toutefois, à ce jour, nous n’avons pas encore constaté l’utilisation de cybercapacités par des États-nations visant à influencer le processus démocratique du Canada pendant des élections. Nous croyons qu’en 2019, cette situation pourrait être la même ou changer, selon la perception qu’auront les États-nations adversaires des politiques nationales et étrangères du Canada ainsi qu’en fonction de l’ensemble des politiques adoptées par les candidats aux élections fédérales de 2019.
  • Nous nous attendons à ce que de nombreux groupes d’hacktivistes déploient des cybercapacités en vue d’influencer le processus démocratique lors des élections fédérales qui auront lieu en 2019. Nous croyons que la majorité de ces activités seront de faible complexité, mais nous nous attendons à ce que certaines activités d’influence soient bien planifiées et ciblent plus d’un aspect du processus démocratique.
  • En ce qui a trait au processus démocratique fédéral du Canada, nous estimons que les partis politiques, les politiciens et les médias sont plus vulnérables aux cybermenaces et aux opérations d’influence que les activités entourant les élections à proprement parler. Ceci s’explique par le fait que le scrutin s’effectue avec des bulletins de vote en papier et par les mesures juridiques, procédurales et liées aux technologies de l’information mises en place par Élections Canada.
  • D’après notre évaluation, nous croyons que la menace contre les processus démocratiques infranationaux (c.-à-d. les processus provincial, territorial et municipal) demeurera très probablement à un faible niveau, mais que certains partis politiques, politiciens, activités électorales et médias infranationaux sont plus susceptibles d’être la cible de menaces émanant d’États-nations et d’hacktivistes.
  • Au cours des cinq dernières années, on a remarqué une hausse, à l’échelle mondiale, des cybermenaces contre les processus démocratiques. À ce jour, en 2017, les processus démocratiques d’environ 13 p. 100 des pays qui ont organisé des élections fédérales ont été ciblés par des cybermenaces.
  • On constate, à l’échelle mondiale, que les adversaires ciblent les trois aspects du processus démocratique (c.-à-d. les élections, les partis politiques et les politiciens, et les médias traditionnels et les médias sociaux).
    • Ces adversaires utilisent leurs cybercapacités pour nuire aux élections en entravant la participation des électeurs, en trafiquant les résultats des élections et en volant les renseignements personnels des électeurs.
    • Ils utilisent leurs cybercapacités contre les partis politiques et les politiciens en effectuant des activités de cyberespionnage à des fins de coercition, de manipulation et pour discréditer publiquement certaines personnes.
    • Ils utilisent leurs cybercapacités contre les médias traditionnels et les médias sociaux pour y faire de la désinformation et de la propagande, et manipuler les opinions des électeurs.
  • Nous croyons qu’il est très probable que les cybermenaces contre les processus démocratiques seront plus nombreuses et plus complexes au cours de l’année à venir, et peut-être à plus long terme, et ce, à l’échelle mondiale. Voici pourquoi :
    • de nombreuses cybercapacités sont accessibles au public, abordables et faciles à utiliser;
    • l’expansion rapide des médias sociaux et le déclin des sources d’information faisant autorité rendent la tâche plus facile aux adversaires qui utilisent leurs cybercapacités et d’autres méthodes pour faire des campagnes de désinformation et de propagande dans les médias et influencer les électeurs;
    • les organismes électoraux se tournent de plus en plus vers Internet pour améliorer leurs services aux électeurs, ce qui rend ces services plus vulnérables aux cybermenaces;
    • il est difficile de prévenir les cybermenaces, car elles sont habituellement difficiles à détecter, à attribuer et à contrer en temps opportun; par conséquent, l’équation coûts-avantages est plus favorable pour les auteurs de cybermenaces que pour ceux qui s’efforcent de les contrer;
    • enfin, les réussites des auteurs de cybermenaces enhardissent nos adversaires qui répètent leurs exploits et inspirent d’autres auteurs à imiter leurs comportements.