Vidéo Tutte

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Un vidéo historique de l'Institut Tutte
Un vidéo historique de l'Institut Tutte.

 

Transcription

00:04
Narrateur: Bienvenue à l’Institut Tutte pour les mathématiques et le calcul.
Le premier en son genre au Canada, l’institut mène des recherches classifiées dans les domaines de la cryptologie et de la découverte de connaissances.
Il a pour mission d’appuyer le Programme canadien de cryptologie et ses alliés internationaux.
C’est ici que certains des plus grands cerveaux du Canada en mathématiques et en calcul se réunissent pour résoudre les problèmes les plus complexes d’aujourd’hui.
Les découvertes et les progrès réalisés entre les quatre murs de cette installation TRÈS SECRET ont une incidence réelle sur la sécurité du Canada et de ses alliés. Bien que l’institut fasse appel à des technologies de pointe dans un environnement de collaboration ultramoderne, le domaine de la cryptologie dans lequel il évolue a une histoire qui remonte à plus de 2000 ans.

01:09
Narrateur : Richard, en quoi consiste exactement la cryptologie?
Richard : La cryptologie comprend à la fois la cryptographie et la cryptanalyse. En gros, la cryptographie est la science de la dissimulation ou de la protection de l’information, soit le « codage », tandis que la cryptanalyse est l’art et la science de l’analyse et de l’exploitation des codes de cryptographie, soit le « décodage ».
Narrateur : Quelles sont les origines de la cryptologie, et comment a-t-elle évolué?
Richard : La cryptologie remonte probablement au tout début des conflits humains.
Le premier cas documenté de systèmes cryptographiques repose sur l’emploi de scytales par les Grecs, plus particulièrement les Spartes, vers les années 300 avant J.-C.
L’expéditeur enroulait une bande de parchemin autour d’un cylindre, écrivait son message sur la longueur du cylindre, déroulait ensuite la bande et remettait celle-ci à un messager.
Le destinataire n’avait alors qu’à enrouler la bande sur un cylindre de même diamètre pour lire le message.
Un autre exemple est le chiffre de César utilisé à l’époque de l’Empire romain, où chaque lettre était remplacée par une lettre de l’alphabet décalée de trois rangs vers la gauche, quitte à recommencer au début de l’alphabet au besoin.
Ces deux systèmes peuvent nous sembler très simples, mais ils étaient des plus novateurs à leur époque.

02:26
Narrateur : Bien sûr. Quelle incidence la cryptologie a-t-elle eue dans les conflits des 100 dernières années?
Richard : En fait, elle a joué un rôle majeur. Au cours des cent dernières années, les gros conflits sont souvent à l’origine des progrès rapides réalisés dans les domaines des communications et de la cryptologie.
L’avènement du télégraphe, puis des technologies sans fil et radio, a mis en évidence la nécessité vitale pour un pays de protéger ses renseignements tactiques ou stratégiques, sans compter sa supériorité sur le plan de l’information.
Un pays peut proclamer sa supériorité en matière d’information uniquement s’il peut exploiter les communications clés de l’ennemi tout en protégeant ses propres renseignements sensibles durant un conflit.
Un exemple classique de la façon dont on a utilisé la cryptologie pour influencer l’opinion publique est celui du télégramme de Zimmermann qui a été envoyé du Mexique à Berlin et que les Britanniques ont réussi à décrypter durant la Première Guerre mondiale.
Le télégramme indiquait que les Allemands étaient prêts à engager une guerre sous-marine totale et qu’ils planifiaient aider le Mexique à revendiquer le territoire qu’il avait perdu aux États-Unis.
Après avoir eu vent de cette information, le public américain et les représentants du gouvernement ont déclaré la guerre à l’Allemagne, un événement de taille de la Première Guerre mondiale.

03:42
Narrateur : Quel rôle la cryptologie a-t-elle joué durant la Seconde Guerre mondiale?
Richard : Par rapport à la Première Guerre mondiale, la cryptologie a eu une importance énorme pour les pays impliqués dans la Seconde Guerre mondiale. Tout et chacun voulait connaître les prochains gestes ou les intentions de l’ennemi, tout en continuant de dissimuler les leurs.
La Grande-Bretagne avait des tactiques de déception extrêmement efficaces.
Les progrès réalisés dans les télécommunications ont contribué aux innovations cryptographiques, mais aussi à l’évolution et à la portée de la cryptanalyse.
Prenons, par exemple, l’exploitation des nouvelles technologies de chiffrement des Allemands.
Les Britanniques ont développé deux dispositifs cryptanalytiques majeurs pour détourner la technologie allemande. Le premier, appelé Colossus, a été le premier ordinateur programmable à exploiter le trafic du dispositif allemand Tunny. Le second, appelé Bombe, était un appareil électrique et mécanique massif qui, bien que non programmable, pouvait casser les messages codés par la machine Enigma allemande.

04:45
Narrateur : À environ 50 milles de Londres, en Angleterre, se trouve un domaine sans prétention connu sous le nom de Bletchley Park.
En 1938, le gouvernement britannique confronté à une menace de guerre achète la propriété et la convertit en un centre de décryptage clandestin du renseignement électromagnétique allemand pour le Government Code et Cipher School.
Le domaine, situé près d’une importante jonction routière et ferroviaire et de lignes de téléscripteurs, constitue un emplacement idéal.
Afin de dissimuler la nature exacte de Bletchley Park, les décrypteurs  œuvrent sous le couvert du « Captain Ridley’s Shooting Party » et le parc reçoit le nom de code « Station X ».
Plusieurs grands esprits travailleront à Bletchley Park durant la guerre et contribueront énormément à l’effort de guerre allié.
L’un d’entre eux s’appelle William Tutte.
William Tutte est un homme extraordinaire issu d’un milieu des plus modeste.
Né en 1917 à New Market, en Angleterre, fils d’un père jardinier et d’une mère concierge, il démontre dès son plus jeune âge d’excellentes aptitudes scolaires et reçoit éventuellement une bourse d’études du Trinity College de Cambridge.
C’est là qu’il aide à résoudre le fameux problème mathématique de la quadrature du carré, où il s’agit de partitionner un carré en carrés plus petits, tous de taille différente.
Sa carrière universitaire prend un détour inattendu en 1941 lorsqu’il est invité par son tuteur à visiter Bletchley Park.

06:12
Narrateur : Richard, quelles ont été les contributions de William Tutte à Bletchley Park?
Richard : Sa plus grande contribution a été sans aucun doute son travail exceptionnel de cryptanalyse de la « clé Tunny ».
À l’époque, le système Tunny chiffrait les communications des gradés de l’armée allemande.
La clé a été obtenue des Allemands après qu’ils ont envoyé deux messages très similaires chiffrés au moyen des mêmes variables.
Le texte en clair était essentiellement le même dans les deux messages sauf que la plupart des caractères étaient décalés de quelques caractères.
L’analyse a révélé le fonctionnement interne de Tunny : douze roues de longueurs variant entre 23 et 61, chaque position ayant un 0 ou un 1 (un point ou une croix dans les termes de Bletchley).
Narrateur : Quelles ont été les répercussions de cette découverte sur l’effort de guerre des alliés?
Richard : Armés de la connaissance du chiffrement de Tunny, les Britanniques ont pu exploiter les faiblesses du processus et, grâce à leur expertise technique, construire la machine Colossus dont nous avons parlé précédemment. Cette machine s’est révélée par la suite essentielle au décryptage des messages allemands futurs et a contribué à raccourcir la guerre d’environ deux ans.

07:21
Narrateur : Après la guerre, William Tutte retourne au monde universitaire et émigre au Canada.
Il fait partie du corps enseignant de l’Université de Toronto avant de se joindre à celui de l’Université de Waterloo, à peine cinq ans après sa création.
Tutte joue un rôle clé dans la création de la faculté de mathématiques et dans l’établissement de l’image et de la réputation du nouvel établissement.
Après sa retraite en 1985, Tutte continue comme professeur émérite.
Durant sa longue et prestigieuse carrière, William Tutte reçoit de nombreux prix et récompenses :

  • le prix CRC-Fields,
  • la médaille Tory de la Société royale du Canada, et
  • la bourse Killam du Conseil des Arts du Canada, pour n’en nommer que quelques-uns.

Il est nommé membre de la Royal Society of London, membre de la Société royale du Canada et, plus tard, officier de l’Ordre du Canada, juste sept mois avant son décès en 2002.
C’est à la mémoire de cet homme remarquable qu’a été nommé l’Institut Tutte pour les mathématiques et le calcul.

08:16
Narrateur : Je suis ici aux côtés de Hugh Williams, le directeur de l’Institut Tutte pour les mathématiques et le calcul.
Hugh, dans quel esprit a-t-on créé l’Institut Tutte?

Hugh : Il y a huit ans, le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (ou CSTC) a entrepris l’établissement de ce qui allait devenir l’Institut Tutte.
Nous avions besoin d’une installation pour mener des travaux de recherche classifiés à long terme à l’appui du Programme canadien de cryptologie et de nos alliés.

Narrateur : Quelles sont, d’après vous, les raisons les plus convaincantes pour travailler à l’Institut?

Hugh : D’abord, la recherche effectuée à l’Institut vise à résoudre des problèmes fascinants et stimulants dans un domaine des plus importants.
Nos chercheurs ont également l’occasion de collaborer avec les esprits les plus brillants et novateurs de la planète.
Les sujets les plus « cool », par contre, sont classifiés, et pour en apprendre davantage, vous devez vous joindre à notre équipe.

Narrateur : En plus d’être le seul en son genre au Canada, en quoi l’Institut Tutte est-il unique?

Hugh : Nos chercheurs ont accès à une technologie de pointe disponible nulle part ailleurs.
Prenons, par exemple, notre environnement collaboratif avancé : il permet à nos chercheurs de collaborer à distance de manière instantanée et sécurisée avec d’autres chercheurs, par différents moyens comme la vidéoconférence, les tableaux blancs collaboratifs, les affichages à fenêtres multiples, les écrans haute définition et l’enregistrement. Cet environnement constitue l’une de nos plus grandes ressources.

09:45
Narrateur : Quelle est l’importance des travaux de l’Institut pour les Canadiens et les partenaires internationaux?

Hugh : L’Institut Tutte permet d’optimiser les partenariats de recherche du Canada au sein de la collectivité alliée.

Ainsi, le CSTC peut participer à certaines des initiatives les plus importantes de ses partenaires alliés et en bénéficier.
J’aimerais ajouter que depuis sa fondation, l’Institut Tutte est devenu une présence importante au sein de la collectivité des mathématiques et du calcul classifiés.

Narrateur : Hugh, quelle est la vision de l’Institut Tutte?

Hugh : L’Institut progresse sans cesse : il mise sur ses succès et étend son réseau de partenaires, d’employés à plein temps, de membres intégrés et d’entrepreneurs.
Nous prévoyons poursuivre notre lancée en tant que joueur unique dans l’aréna cryptologique du Canada et en tant qu’institut de recherche de calibre international.
Narrateur : Merci beaucoup, M. Williams, c’est un plaisir de vous avoir rencontré.

10:46
Narrateur : Et voilà votre aperçu exclusif sur l’un des établissements les plus fascinants et les plus secrets du Canada et sur l’homme exceptionnel à l’origine de son nom.
Il est clair que les travaux qui se trament derrière ces portes sont essentiels au Programme canadien de cryptologie, à ses partenaires internationaux et aux Canadiens en général, mais pour le commun des mortels, l’histoire se termine ici.